ZFE : plus de 10 ans pour mettre fin à une écologie punitive ? Ce n’est pas fini, mais c’est une étape de plus vers leur suppression

Mises en place à partir de 2015 au nom de la lutte contre la pollution, les Zones à Faibles Émissions (ZFE) visait a exclure des centres villes les véhicules jugés polluants car trop anciens. Elles ont logiquement suscité une contestation grandissante. Dix ans plus tard, leur abrogation marque un tournant politique et relance le débat sur les alternatives possibles pour concilier écologie, mobilité et justice sociale.

En 2015, les premières Zones à Faibles Émissions (ZFE) sont mises en place dans plusieurs métropoles françaises, à commencer par Paris. Leur objectif affiché est de limiter la circulation des véhicules les plus polluants dans les centres-villes afin d’améliorer la qualité de l’air et de réduire les impacts sanitaires liés à la pollution automobile.

Sur le papier, cette ambition est louable. Toutefois, dès leur mise en place, les ZFE révèlent de nombreuses limites.

Derrière une volonté affichée de transition écologique, les ZFE ont rapidement incarné une « écologie punitive ». Le dispositif allait surtout pénalisé les ménages les plus modestes, n’ayant pas les moyens de changer de véhicule.

L’absence d’information claire, de pédagogie préalable et d’accompagnement a conduit une menace concrète de restriction de la mobilité des plus modestes, et par suite à des situations d’exclusion (accès à l’emploi, aux soins, aux services publics ou encore aux loisirs...) Ces conséquences sociales ont été dénoncées par la Fédération Française des Motards en Colère (FFMC),

Évolutions politiques et juridiques

Plus de dix ans après leur apparition, les ZFE font l’objet d’un tournant politique, et c’est indiscutablement une victoire pour la FFMC qui bataille contre le principe d’exclusion qu’elles supposent : le 28 mai 2025, l’Assemblée nationale adopte un amendement visant à supprimer les ZFE dans le cadre du projet de loi de simplification. Cette orientation a été confirmée ce 20 janvier 2026, lorsque la Commission Mixte Paritaire (CMP) acte l’abrogation des ZFE, validant ainsi le vote des 2 chambres. Cette décision marque une étape décisive et symbolise un changement profond dans l’approche des politiques de mobilité et d’écologie urbaine.

Les raisons concrètes de l’abrogation

L’abrogation des ZFE repose principalement sur un double constat. D’une part, les bénéfices environnementaux observés sont jugés faibles ou insuffisamment démontrés au regard des coûts sociaux engendrés. D’autre part, le dispositif est largement perçu comme punitif plutôt qu’incitatif, aussi bien par de nombreux responsables politiques que par une partie croissante de la population.

Cette opposition s’est traduite par des mobilisations citoyennes, notamment celle du 27 septembre 2025, organisée par la FFMC, le collectif « #LesGueux » et d’autres associations. Ces actions visaient à interpeller les élus et à peser sur les décisions nationales, comme lors des auditions de la FFMC devant les missions d’information de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Les perspectives et alternatives

Si cette abrogation constitue une avancée majeure, elle ne signifie pas pour autant une disparition immédiate des ZFE. Le processus parlementaire doit se poursuivre et des débats ou recours restent juridiquement possibles, dont une censure par le Conseil Constitutionnel.

Néanmoins, au regard du désaveu politique et populaire exprimé, un retour des ZFE sous leur forme actuelle apparaît comme très compliqué.

La fin des ZFE ne saurait toutefois signifier l’abandon des enjeux environnementaux. La lutte contre la pollution de l’air demeure une nécessité. Elle appelle désormais à la construction de solutions alternatives, plus justes socialement et plus efficaces écologiquement.

Dans ce cadre,les deux et trois roues motorisés peuvent constituer une piste pertinente, notamment en raison de leur consommation réduite,d’un bilan carbone inférieur à celui de l’automobile individuelle et de leur contribution à la fluidification du trafic urbain.